Première coalition d’entreprises : la mode éthique et éco-responsable

Publié par Arnaud RAMPONNEAU - 9 juin 2022

La mode est l'une des industries les plus polluantes au monde. L'industrie textile émet 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, soit davantage que le transport maritime et aérien international réunis. Aujourd'hui, la mode symbolise l'hyper-consumérisme : toujours plus de vêtements de moins en moins chers. On l'appelle la mode éphémère soit l'économie de la fringue jetable. 

Dans leur course effrénée à la nouveauté, les géants mondiaux du prêt-à-porter produisent des vêtements vite immettables, de qualité médiocre et à l’obsolescence programmée. Les conséquences de ces excès de surproduction textile sont des conditions de travail épouvantables pour les sous-traitants et des processus de fabrication hyper-polluants contre l'environnement.

Pour les nouveaux créateurs, le monde a changé. C’est celui de la sape vertueuse. Leurs exigences industrielles sont fortes : atelier de création textile nouvelle génération, relocalisation en France, repenser les chaînes d'approvisionnement, collaborations éthiques... Plus que des mots, ces processus opérationnels sont inhérents à l’activité de l'entreprise et leur modèle économique.

Ces nouvelles maisons de couture et marques de vêtements forment un maillage professionnel puissant, une communauté d'acteurs engagés qui ne travaillent qu'avec les entreprises qui appliquent les mêmes valeurs. L'enjeu pour ces entreprises est qu'au quotidien, leurs relations commerciales soient financièrement souples, afin de développer leurs chaînes de valeur et une économie plus vertueuse.

 

Intervenir sur du court-investissement

L'activité de ces entreprises se développe en coordination avec leurs clients professionnels, fournisseurs et distributeurs. En fabriquant à la demande et exclusivement en France, certains ateliers de textile doivent répondre avec agilité et réactivité aux commandes. Cela signifie que le financement doit être adapté aux opportunités, donc qu'il faut traiter rapidement.

Pour être dans les temps, impossible de demander un crédit bancaire, présenter une candidature pour subvention, démarrer une tournée de levée de fonds ou lancer une campagne de financement participatif. Il faut intervenir sur du court-investissement, c'est-à-dire relever les défis de l'innovation, de la prise de risque et de la coopération des entreprises dans la même opération.

C'est pour ces raisons que nous déployons un nouvel outil : la chaîne de financement. La chaîne de financement permet à une entreprise de se financer auprès de ses partenaires engagés dans un même cycle de production. Une chaîne de financement sert à sécuriser les échanges inter-professionnels, pour assurer un partage du risque dans la valorisation d'un projet.

Ouvrir une chaîne de financement revient à délivrer aux sociétés-partenaires un droit financier sur la valeur potentielle générée. Chaque entreprise qui formalise une contribution dans le processus de production obtient en échange une part des bénéfices futurs. Elle se verra remettre, en règlement de sa prestation professionnelle, un titre de créance par l’entreprise qui lance l’opération. 

 

Illustration d’un co-financement

La chaîne de financement va permettre à l’initiateur d’associer ses entreprises partenaires. Une entreprise qui ouvre une chaîne de financement à ses partenaires demande à ce qu’elles prennent position dans le processus de production. Pour cela, l’opération regroupe les cinq acteurs suivants : 

  • Polère : marque de vêtements éco-conçus
  • Renaissance Textile : procédé de recyclage textile 
  • Coco & Rico : manufacture textile éthique
  • RePack : emballages recyclés et biodégradables
  • ARES : livraison par un organisme de retour à l'emploi

Le mécanisme de la chaîne de financement permet de fixer les engagements de chaque partie prenante sur la valeur à produire. Cette technique de gestion financière permet aux partenaires impliqués dans un même cycle de valeur de se régler mutuellement. Ensemble et de façon autonome, ils assurent leur opération de financement par :

  1. un compte commun qui sécurise les transactions
  2. les engagements réciproques sur la valeur à produire
  3. une répartition des droits sur les bénéfices futurs

Dans notre exemple, chacune des parties prenantes produit une participation d'une valeur de 2 000€. Elles reçoivent toute en contrepartie un titre financier du même montant. Si l'opération est un succès commercial, rapportant un total de 30 000€, chaque acteur se verra rétribué de 6 000€. Leur participation initiale d'un montant de 2 000€, s'apprécie d'une valeur de 6 000€, pour un atteindre le montant total de 8 000€.

Ainsi, chaque partie prenante dispose désormais d'un titre financier d'un montant de 8 000€. Elles peuvent l'utiliser comme elles l'entendent pour de nouvelles opérations financières. Surtout, ces titres sont consultables et offrent à tous la transparence du cycle de valeur. Le capital investi est tracé dans le détail des transactions, mais aussi ouvert à de nouveaux partenaires ou financeurs. Affaire à suivre...